SSII et intercontrat

Publié le par PêUR

J'ai rédigé ce texte il y a 2 ans, ma fille n'avait que 3 mois, je venais d'intégrer une nouvelle SSII  après un mois de chômage et un licenciement abusif de mon employeur précédent (depuis, j'ai gagné au Prud'hommes Gnarf Gnarf Gnarf!!). En espérant qu'il vous éclaire sur le fonctionnement de ces sociétés.  

 

7H00 du matin, le réveil de mon téléphone se met à hurler Carmen à tue-tête. Ça fait ¾ d’heure que je calme le sommeil agité de ma fille. Dans son berceau, mon avant-bras est contre son visage et ma main sur son ventre. Je dois me préparer pour partir à mon nouveau pseudo-boulot. Je me prépare : douche, rasage, un Guronsan et brossage des dents. J’enfile un noir de travail trop grand, le pantalon baille aux fesses, mais avec la veste on y voit que du feu. Je noue ma cravate. Avant de partir, je vais voir mes 2 amours. Elles dorment bien ; maintenant Louloutte est recroquevillée sur la poitrine de sa maman comme un petit marsupiale, la tête dans la courbure de son cou. Ô combien je la comprends. Je pars, il fait beau et pas trop chaud, 14°C indique le thermomètre du « Marché + » sur le chemin qui mène à la gare RER. J’introduis mon ticket 3 zones dans le composteur et regarde brièvement l’écran bleu des départs. Il indique : « prochain départ à 8H32, train à quai ». Il est 8H40… Toujours à l’heure en somme. Le train, bien qu’au départ d’un bout de ligne, est déjà plein à craquer. Je trouve une vague place sur un strapontin en queue de train. Je vais donc devoir me lever dans 2 stations. Ce matin je suis optimiste, peut-être parce qu’il fait bon, peut-être parce que mes amours sont les 2 plus belles choses qui me soient arriver dans ma vie, en tout cas je déchante rapidement. L’arrêt suivant, une trentaine de personne s’empile dans la rame m’obligeant à me lever. J’ai face à moi une aisselle manifestement mal lavée si j’en crois mon odorat qui n’est pourtant pas fort développé. Les stations s’égrènent à rythme régulier, Bourg-la-reine, Bagneux, Arcueil Cachan, Laplace, Gentilly, Cité Universitaire, Denfert-Rochereau, Port Royal, Saint-michel et les Halles. Pourquoi faut-il toujours que le RER soit bloqué dans le tunnel à la pénultième station quand il est plein à craquer et jamais quand je peux choisir où m’asseoir ? La température augmente, les gens s’énervent, soufflent, ragent, pestent. Et arrivé à destination ils vous poussent pour monter alors que vous essayez de descendre.

Me voila arrivé aux nouveaux locaux d’UMIPOG, SSII que je viens d’intégrer il y a une semaine. Ils ont déménagés vendredi pour intégrer un nouveau bâtiment près de Saint-lazare, ça leur permet de se la péter un peu plus avec leurs clients. Il faut reconnaître que les locaux sont sympas : parquet foncé, portes et fenêtres en bouleau clair, très classe, très moderne et pas ostentatoire. Ça grouille à l’intérieur, tous les collaborateurs ont retrouvés leur âme d’enfant « Non ! C’est mon carton. Pourquoi Jean-Pierre a un fauteuil vert et moi un bleu ? Il est grand ton bureau ! Où est la machine à café ?». Je cherche le bureau 512, celui qui m’a été attribué en attendant une affectation chez un client. Merde c’est le bureau d’Albert Chachat, un commercial, pardon, un ingénieur d’affaire en charge du compte Crédit Agricole. J’ai passé une journée entière avec lui le jeudi de la semaine précédente pour faire une formation « développement personnel / Entretien client / Formulation CV » de type ANPE. Un mec puant genre requin à dents longues pour qui je ne représentais ce jour là qu’un pion lui permettant d’augmenter son ratio présentation client / affaire signée et par la même occasion ses primes de participation puisque je devais le soir même être présenté à un client du Crédit Agricole à Saint Quentin en Yvelines. Je m’installe dans le bureau, je n’ai avec moi aucun document à part les particules élémentaires  de Houelbecq. J’hésite à le sortir, je le prend puis renonce. Je ne veux pas donner d’argument à cet abruti afin qu’il ne me rabaisse un peu plus que jeudi. Il me regarde et m’annonce avec un dédain signifiant mon incapacité : « pour le crédit patate, c’est ripé ». Il me semblait avoir pourtant été brillant à cet entretien. Finalement, ça m’arrange : pour aller à Saint Quentin en transport en commun, c’est la misère de chez moi. Le seul intérêt aurait été d’y aller en voiture et de dire à mon employeur que j’utilisais le RER, il m’aurait ainsi remboursé 123€, somme qui aurait pu régler les traites du crédit d’une épave à 4 roues.

En SSII, il y a une punition fondamentale, c’est l’inter-contrat. Comme son nom l’indique, c’est une période entre 2 contrats. Pour certaines sociétés de services ça se passe à domicile, pour d’autres, généralement les plus grandes, ça se passe au siège. C’est mon cas en ce moment. Le problème c’est qu’en tant qu’analyste développeur, analyste réalisateur, ingénieur d’étude ou encore mieux ingénieur des technologies de l’information, en bref, en tant qu’informaticien lunetteux, on est habitué à être plongé dans notre écran d’ordinateur à taper ou à analyser du code et à avoir très peu de contact avec le monde extérieur. La situation d’inter-contrat vous fait basculer dans un monde complètement différent, en contact direct avec les commerciaux, dont les fonctions premières sont de mentir, communiquer et paraître. En période d’inter-contrat il faut donc mettre en place tout un stratagème afin d’éviter les commerciaux, et de se faire discret auprès des administratifs pour ne pas se faire imposer de poser ses RTT et surtout de faire semblant d’être occupé pour ne pas être sollicité sur une propal (proposition commerciale) comme expert technique, fonction rapidement atteinte vu le degré de connaissance technique des commerciaux rédigeant ces fameuses propal. Aujourd’hui, ma stratégie d’occupation consiste à décoller l’étiquette « information direction opérationnelle » de la pochette rouge qui m’a été remise avec une sacoche aux couleurs de la société le jour de la signature de mon contrat. Je m’occupe aussi en plaignant le jeune diplômé montpelliérain fraîchement arrivé  au sein d’UMIPOG, à qui apparemment il n’a pas été dispensé de module « stratégie de l’évitement en période d’inter-contrat » pendant son cursus d’ingénieur en système d’information. Je le vois en effet passé à de nombreuses reprise devant mon bureau avec différents objets encombrants me laissant penser qu’il a été réquisitionné pour classer les documents sortis des cartons de déménagement, déplacer un bureau, ranger les chaises en surnombre au 8ème étage, ou changer la bonbonne de la fontaine d’eau. Le décollement d’étiquette m’ayant pris une bonne heure, je parcoure une petite brochure posée sur mon bureau et intitulée : « UMIPOG », installation sur le site de Chateaudun  », en l’occurrence l’adresse de leur locaux. Ce petit dépliant est très bien fait, il explique « les modes d’accès aux étages » par le parking, par les escaliers et les ascenseurs ; « la sécurité dans les locaux » ; « l’après déménagement » ; « la climatisation :mode d’emploi » et un paragraphe particulièrement intéressant intitulé « Autres points » expliquant qu’il existe une cafétéria au 4ème étage au bout du couloir à gauche des ascenseurs. Je me met immédiatement en recherche de ce lieu. L’avantage c’est que la plupart des collaborateurs occupés à défaire leur carton et à se plaindre de la taille de leur bureau n’a pas encore pris connaissance de ce lieu sacré. Si bien qu’arrivé à destination je me trouve seul avec 2 ouvriers finissants le plaquage de l’évier. J’admire cet espace meublé de chaises et de tables signées STARCK aux couleurs pastels et surtout habité par 2 machines à café et une à friandises et boissons fraîches. Les machines à café affichent un prix défiant toute concurrence : 25 centimes pour l’instantané et 30 centimes pour le café à grain. Pour arranger le tout, summum du service, les automates acceptent les pièces de 5 centimes. Ma montre annonce 11H45 quand je remonte à mon bureau sans avoir croisé personne à la cafétéria. Je pense que j’y retournerai.

Je pars déjeuner, je me dirige vers la rue de Caumartin, c’est agréable de bosser à Saint-lazare, ça change d’Evreux et de son supermarché CORA, de Saintes et de son discounter LE MUTANT, et de Morangis et de son INTERMARCHE. Ici il y a abondance de boutiques sympas: ZARA, H&M, LA FNAC… Je rentre au bureau à 14H, je croise 3 personnes que je connais vaguement : un commercial, un inter-contrat et la personne responsable de mon recrutement. Toutes 3 me félicitent je ne sais de quoi. Interloqué, j’en demande la raison. La dernière personne me dit : « Félicitation pour la Société Générale ». Je ne suis pas au courant que l’entretien de mercredi été concluant. C’est 1H après que l’ingénieur d’affaire en charge du compte SG vient m’annoncer que je commençai à la Défense le jeudi suivant. Merveille de l'air des nouvelles technologie de l'information, je suis la dernière personne au courant.

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jall 07/05/2016 17:20

Le Permis Informatique = AMONTECH = Johanan JAKUBOWICZ : SSII malhonnete, voleur, déjà condamnée

freak0 26/12/2006 22:28

Salut, je suis à la recherche d'un emploi en développement et j'envisage de venir sur Paris mais ton histoire m'effraie ... J'aimerais pouvoir dans la mesure du possible éviter ce genre de boite ...

PêUR 06/01/2007 22:42

Pour te rassurer, toutes les SSII ne sont pas comme ça... et puis en ce moment le marché est très bon et l'intercontra ne dure pas :)Viens, monte :)

babo 17/09/2006 15:05

J'avais bien compris mais c'étais histoire de rajouter mon sentiment sur ce coin de l'île-de-France.
Petit H.S, un site répertoriant un bon nombre de tutoriels: jecomprendspas.com on y parle même de grand système.
A plus.

PêUR 17/09/2006 15:11

je vais y jeter un coup d'oeil ;-)

babo 17/09/2006 01:18

Moi pas connaître le fonctionnement des SSII mais je connais bien St-Quentin en Yvelines, c'est ma terre d'origine (Trappes pour être précis) et c'est la misère comme tu dis.

PêUR 17/09/2006 14:10

C'est le trajet que je qualifiais de misère pas la ville ;-)

TiMabouya 14/09/2006 16:59

Moi j'ai fait du pseudo-intercontrat dans une toute petite SSII (que j'ai quittée depuis), et je n'avais même pas de bureau. Le jeu consistait donc à trouver tous les matins qui était en congé pour pouvoir lui emprunter son PC!!! Délire, non ?

PêUR 15/09/2006 23:58

Et encore tu arrivais parfois à avoir un PC! lol